4 juin 2026

Comment reconnaître le vrai matcha du faux 

Image d’en-tête montrant un bol de matcha mousseux, un fouet en bambou, une petite coupe de poudre de matcha et une cuillère à thé sur une surface claire, avec le logo Allison Van Rassel dans le coin supérieur gauche.

Le monde traverse sa toute première pénurie mondiale de matcha, et la demande dépasse désormais largement l’offre. La poudre verte adorée des cafés et d’Instagram est devenue une denrée rare et très chère. Or, la fraude du matcha prend d’assaut les tablettes. Voici comment distinguer le vrai matcha de qualité des imitations diluées.

Des chiffres qui donnent le vertige

Petit retour sur les faits pour saisir l’ampleur de la crise. Lors d’une vente aux enchères de printemps à Kyoto, le prix du tencha — la feuille brute qui devient le matcha — a bondi d’environ 170 % en un an. Il a atteint un sommet historique de 8 235 yens le kilo, loin devant le précédent record de 2016.

Pour les grades les plus fins, c’est encore pire. Selon les données de l’industrie, le tencha haut de gamme a vu son prix grimper jusqu’à 220 % en 2025, la plus forte hausse annuelle jamais enregistrée. Quant au tencha cueilli à la main d’Uji, son volume a chuté de 40 % en un an.

Bref, le matcha de prestige devient un produit de luxe.

Pourquoi cette pénurie?

D’abord, une demande mondiale explosive. Le matcha est passé d’un rituel de niche à un véritable symbole de mode de vie. Les exportations japonaises de thé vert ont grimpé de 25 % en valeur en 2024, portées par cette soif planétaire. La vague touche aussi le Canada. Radio-Canada rapporte que la pénurie fait grimper les prix et complique l’approvisionnement chez les commerçants d’ici.

Ensuite, le climat s’en est mêlé. La région de Kyoto, qui produit environ le quart du tencha japonais, a subi des canicules sévères durant l’année la plus chaude jamais enregistrée au Japon. Les théiers ont été endommagés et la récolte d’avril-mai a été faible : un fermier d’Uji de sixième génération raconte n’avoir récolté que 1,5 tonne de tencha, contre 2 habituellement. Un printemps 2025 anormalement froid a ensuite ralenti la croissance des feuilles, réduisant encore les quantités.

Impossible de parler de la pénurie sans mentionner le matcha latté, ultra populaire auprès des 15-25 ans. Esthétique, photogénique et parfaitement « Instagram friendly », il a propulsé la demande à des sommets. Le produit est même devenu si courant qu’il s’affiche désormais au menu de Tim Hortons, de McDonald’s et de Booster Juice, selon CBC News. C’est en grande partie auprès de ces jeunes consommateurs que la pression sur l’offre est la plus forte.

Face à la rareté, les producteurs réagissent de deux façons : ils augmentent leurs prix ou ils diluent discrètement leurs assemblages avec des feuilles de moindre qualité. Certaines entreprises glissent désormais du tencha de deuxième récolte dans leurs mélanges, au détriment du goût et de la couleur.

Et c’est là que tout se joue! Quand un produit devient rare et cher, le risque de fraude alimentaire grimpe. D’où l’importance de savoir reconnaître ce qu’on achète vraiment.

Mais c’est quoi le matcha?

Le mot matcha signifie tout simplement « thé en poudre ». Cette poudre provient du tencha, des feuilles de thé broyées lentement sur meule de pierre. Consommé au Japon depuis des millénaires, notamment pour ses effets sur la concentration et l’énergie, le matcha offre une expérience sensorielle unique : la couleur, la texture, l’odeur et les saveurs. Son goût est incroyablement végétal en bouche. Certains cultivars dégagent des arômes de gazon fraîchement coupé, d’algues ou de pois frais.

La production du matcha est méticuleuse, et c’est précisément cette lenteur qui fait sa qualité. Environ trois semaines avant la récolte, on couvre les théiers pour bloquer la lumière directe du soleil. Cet ombrage stimule la production de chlorophylle (d’où la couleur verte intense) et d’acides aminés, notamment la L-théanine, qui donne au matcha son goût doux, umami et moins astringent.

Seules les jeunes feuilles et les bourgeons les plus tendres sont cueillis à la main. Après avoir été étuvés — pour arrêter l’oxydation — ils sont séchés à plat. On retire ensuite les nervures et les tiges : la feuille pure restante, c’est le tencha, la matière première du matcha.

Le tencha est enfin broyé lentement entre deux meules de pierre, traditionnellement en granit, jusqu’à obtenir une poudre d’une extrême finesse. Le rythme? Environ une heure pour seulement 40 grammes de matcha. La lenteur est essentielle : elle évite la surchauffe qui altérerait le goût et la couleur.

Le grand mythe du « grade cérémonie »

Voici la chose la plus importante que j’ai apprise au fil de mes recherches et de mes conversations avec des membres de la communauté japonaise et de l’industrie du thé : le « grade cérémonie » (ou ceremonial grade) n’existe pas au Japon.

Du moins, ce n’est pas un grade utilisé pour déterminer la qualité du matcha. Ce sont des termes nord-américains inventés à des fins de marketing, point. Comme l’explique la maison de thé Tezumi, l’appellation est totalement non réglementée : n’importe quelle entreprise peut coller cette étiquette sur n’importe quel thé, peu importe son origine ou sa qualité réelle. Au Japon, ce sont plutôt les termes usucha (thé léger) et koicha (thé épais) qui désignent la façon de préparer le matcha — pas son niveau de qualité.

Alors, comment juger la vraie qualité?

Le matcha est gradé selon le moment de la récolte : printemps, été ou automne.

La première récolte de printemps (first flush) est la forme la plus pure du matcha. C’est là qu’on retrouve le plus d’umami, le moins d’amertume et d’astringence. C’est même naturellement sucré. Cette première récolte porte aussi le nom de Shincha, et c’est la plus haute qualité.

Les 2e et 3e récoltes (été et automne) devraient plutôt servir à cuisiner. Inutile de payer une première récolte hors de prix pour faire un matcha latté ou des biscuits : c’est de l’argent jeté par les fenêtres.

Mon truc pour vérifier la qualité supérieure : posez la question de la durée de l’ombrage. Un ombrage prolongé (plus de 20 jours) accentue l’umami et réduit l’amertume — une caractéristique du tencha de qualité supérieure. Si votre vendeur peut répondre à cette question, bon signe.

Oh, et quel est le meilleur endroit pour conserver le matcha? Au frigo!

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