27 août 2025

Chez Muffy devient Coteau pour mieux affirmer ses racines

La photo illustre un magnifique panorama urbain du Vieux-Québec, baigné dans une douce lumière de fin de journée. Au premier plan, on distingue des bâtiments emblématiques aux façades variées : à gauche, un édifice gris aux nombreuses fenêtres vitrées; au centre, un immeuble de brique rouge coiffé de toits mansardés verdâtres abritant l’Auberge Saint-Antoine; et à droite, une maison aux murs pâles ponctuée de volets et de portes rouges éclatantes, qui attire immédiatement le regard. En arrière-plan, se dresse le majestueux Château Frontenac, reconnaissable à ses tours et à son imposante silhouette de brique et de cuivre vert-de-gris. Plus loin, on aperçoit aussi l’ancien palais de justice et d’autres édifices historiques de la haute-ville, entourés de verdure. L’ensemble compose un tableau vivant et patrimonial qui exprime toute l’identité architecturale de Québec : un mariage harmonieux entre histoire, charme européen et vitalité contemporaine.

À Québec, l’Auberge Saint-Antoine tourne une nouvelle page de son histoire. Son restaurant gastronomique connu sous le nom de Chez Muffy, s’appelle désormais Coteau. Un choix qui souligne le lien fondateur entre l’assiette et la terre, entre la table de l’auberge et la ferme familiale de l’Île d’Orléans, le Jardin du Coteau. 

« Ça fait longtemps qu’on se posait la question », confie Evan Price, copropriétaire de l’Auberge Saint-Antoine située sur l’îlot Hunt, un site classé au patrimoine de l’UNESCO. L’arrivée récente du chef franco-britannique Luca Brocheton et de sa conjointe Émilie Brocheton, nouvelle directrice de la restauration, a ravivé cette réflexion. Le couple, qui tenait auparavant un restaurant à Limoges, apporte une vision affûtée et une solide expérience. Ensemble, ils ont participé à ce repositionnement stratégique.

Pour M. Price, changer le nom du restaurant n’était pas un simple geste symbolique, mais une façon d’assumer pleinement l’ADN de la maison. « Depuis plus de 17 ans, notre potager nourrit la table gastronomique de l’auberge. Mais c’était un secret bien gardé. On ne voulait plus que ce soit un secret. »

Cette vision s’ancre dans une histoire familiale. Sa mère, Martha Bate-Price, issue d’une famille d’agriculteurs près d’Ottawa, passait ses étés dans les champs. À Québec, les Price sont installés depuis six générations, leur tout premier ancêtre ayant élu domicile sur la rue Saint-Pierre. « On n’a pas beaucoup bougé. On est chanceux d’être ici, et très heureux », dit Evan Price.

La photo présente un homme assis au milieu d’un champ verdoyant, baigné par une lumière chaude de fin d’après-midi. Il porte une chemise à carreaux verts et bleus, un short et une casquette claire. Sa barbe fournie et ses lunettes lui donnent une allure sérieuse mais posée. Il est entouré de rangées de plantes luxuriantes — probablement des légumes ou des herbes aromatiques — qu’il semble surveiller ou entretenir avec attention. À l’arrière-plan, on distingue une ligne d’arbres et un horizon dégagé, qui accentuent le caractère paisible et agricole de la scène. L’ensemble dégage une impression de proximité avec la terre, de travail manuel et de respect du rythme naturel des cultures.
Le chef jardinier Alexandre Faille cultive la terre du Jardin du Coteau, à l’île d’Orléans, depuis près de deux décennies.

Une ferme comme pilier gastronomique

La ferme familiale de Saint-Laurent-de-l’Île-d’Orléans, propriété des Price depuis plus de 50 ans, alimente l’Auberge en légumes, herbes et produits cultivés avec soin par le chef jardinier Alexandre Faille, en poste depuis près de deux décennies.

Tomates anciennes, herbes rares, légumes choisis pour leur singularité, tout est pensé pour offrir une assiette qu’on ne retrouve nulle part ailleurs. Et dès cet automne, une serre froide inspirée des méthodes de Jean-Martin Fortier viendra prolonger la saison de culture à neuf mois et permettre de récolter des légumes d’hiver, doublant ainsi la production et élargissant l’offre en cuisine.

Interrogé sur la possibilité que cette démarche attire les inspecteurs du Guide Michelin, Evan Price demeure prudent. « Ce n’est pas notre objectif. Notre but, c’est d’offrir une expérience extraordinaire à nos clients, jour après jour. Si une étoile vient, tant mieux, mais d’abord, c’est la clientèle. »

L’arrivée du chef franco-britannique Luca Brocheton et de sa conjointe Émilie, nouvelle directrice de la restauration, a ravivé cette réflexion. Forts de leur expérience à la tête d’un restaurant à Limoges, ils ont contribué à ce repositionnement. 

Expansion et vision d’avenir

L’Auberge de la famille Price ne s’arrête pas là. Un vaste projet d’agrandissement est en cours dans l’immeuble voisin : 25 nouvelles chambres, une salle de balle et un spa aménagé dans les voûtes d’une ancienne banque du XIXᵉ siècle. Ce nouvel édifice, bâti sur des fondations datant du XVIIIᵉ siècle, incarne à la fois l’héritage et l’avenir gastronomique de la ville. D’ici 2027, la famille Price prévoit aussi l’ouverture d’un restaurant panoramique sur le toit, offrant une vue à 360° sur Québec. 

Avec Coteau, le restaurant gastronomique de l’Auberge Saint-Antoine ne se contente pas de changer de nom, il revendique une identité riche d’histoire. Celle d’un lieu enraciné dans un quartier inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, berceau de l’Amérique française, où la table puise directement dans la terre, et où chaque assiette raconte l’histoire d’une famille, d’un terroir et d’un savoir transmis. 

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