Dans les cuisines qui façonnent le visage gourmand de Québec, ce sont les femmes qui donnent le ton. Elles s’appellent Alexandra Roy, Maude Desroches, Sabrina Lemay, Alexandra Romero, Cassandre Osterroth et Karine Jacques. Ces femmes cheffes et entrepreneures redéfinissent, chacune à leur façon, ce que signifie cuisiner avec sens, engagement et éclat.
Longtemps invisibilisées ou cantonnées à des rôles de soutien, les femmes en cuisine reprennent aujourd’hui leur juste place. Leur approche est souvent plus collaborative, plus intuitive aussi. Elles osent sortir des carcans traditionnels, valorisent les circuits courts, les produits oubliés et les artisans qui les cultivent. Elles insufflent une énergie nouvelle — plus douce, mais tout aussi puissante — dans un milieu encore trop souvent marqué par la performance à tout prix.

De valeurs et de racines
Leurs établissements ont tous un goût de territoire. Ces cheffes aiment raconter d’où viennent leurs ingrédients, mais aussi d’où elles viennent, elles. Chez Verre Pickl’, Alexandra Romero tisse des liens profonds avec les producteurs et productrices d’ici. Ce sont eux qui nourrissent l’expression de ses racines mexicaines. Avec le maïs, les piments et des sauces complexes composées presque exclusivement d’aliments de proximité, ses assiettes deviennent un terrain d’expression, un manifeste culturel à part entière. Elle contribue ainsi à redéfinir ce que peut être la cuisine québécoise.
Toutes sont cheffes propriétaires. Actives autant derrière que devant le comptoir. Karine Jacques, chez Babeurre, et Maude Desroches, chez Maude Épicerie / Laboratoire culinaire, partagent une volonté sincère de créer des expériences culinaires humaines, ancrées, accessibles. Est-ce une bienveillance inspirée par l’instinct maternel ou le reflet d’un profond désir de transmission? Qu’importe. L’intention, elle, est bien réelle. Elles contribuent activement à façonner l’identité culinaire de Québec, à la croisée du partage, du soin et du plaisir.

Debout devant l’adversité
Mettre en lumière ces femmes, c’est bien plus que célébrer leur talent derrière les fourneaux. C’est souligner leur courage, leur résilience, leur capacité à transformer une industrie encore peu adaptée à leurs réalités. Alexandra Roy, cheffe copropriétaire de Melba, en est un exemple clair. Elle prend la parole, questionne les modèles établis et milite pour une gastronomie plus inclusive, plus juste, plus durable. Sa cuisine est à son image. Elle est précise, sensible et engagée. Elle crée des espaces de connexion où chaque assiette devient un moment d’échange.
Face à l’adversité, plusieurs cheffes ont choisi de s’ancrer dans le territoire. Leur réponse aux défis de l’industrie passe par un approvisionnement local, éthique et durable. Comme une manière de reprendre le contrôle, de soutenir leur communauté et de donner du sens à chaque assiette.
Rares sont les cheffes au Québec qui valorisent avec autant de créativité et de savoir-faire les trésors de nos eaux, de nos forêts et de nos terres que Sabrina Lemay, cheffe du Bistro L’Orygine. Son modèle d’approvisionnement durable, fondé sur des liens directs avec les artisans, fait éclore toute la richesse des saveurs du Québec. Chaque plat est une œuvre culinaire qui célèbre le Québec d’aujourd’hui. Une poésie gourmande qui nous raconte, nous, Québécois.es, dans toute notre diversité.

Parmi les visages émergents de cette scène culinaire féminine, Cassandre Osterroth se distingue par son talent fulgurant. Copropriétaire du Kebek Club Privé, elle a récemment remporté le prix du Jeune Chef Michelin, une reconnaissance rare et prestigieuse, qui témoigne d’un savoir-faire aussi technique que raffiné. Sa cuisine précise, élégante et ancrée dans les produits québécois lui vaut l’attention des critiques comme du public. À tout juste 25 ans, elle incarne avec brio la relève culinaire d’ici.
Et c’est peut-être là, dans cette capacité à conjuguer excellence et bienveillance, que réside la véritable révolution. Une révolution portée par les femmes, par leurs choix, leurs voix, leur présence en cuisine.
Une révolution qui donne faim. Et qui donne espoir.
