J’ai repris la route de Baie-Saint-Paul pour retrouver la cabane à sucre des Faux Bergers, au camping Le Genévrier. Deux années de suite maintenant, et l’envie est toujours aussi sincère. Parce qu’il y a des endroits où on retourne non pas par habitude, mais parce qu’ils proposent quelque chose qu’on ne trouve vraiment nulle part ailleurs.
C’était un week-end entre amies. Un petit chalet en bois rond, le feu qui crépite, le linge mou et cette sensation que le temps s’étire enfin. Le genre de confort simple et vrai qui fait autant de bien que la compagnie autour de la table. Et le verdict a été unanime, encore une fois.
Cuisiner Charlevoix avec âme
Derrière l’expérience, on retrouve les chefs Sylvain Dervieux et Émile Tremblay, aux côtés de la sommelière Andréanne Guay. Je connais bien leur ADN culinaire : une façon très personnelle de raconter un territoire, du verre à l’assiette, sans jamais en faire trop. Ici, on ne cherche pas à épater pour épater. On cherche à faire parler Charlevoix avec justesse, sensibilité et une vraie intelligence du produit.
Pourtant la cabane à sucre au Québec, c’est un imaginaire puissant. La soupe aux pois, le jambon à l’érable, les fèves au lard, les oreilles de crisse, les cretons, les grands-pères dans le sirop, la tarte au sucre… C’est codé, généreux, profondément réconfortant. Faux Bergers ne balaie rien de cet héritage. Au contraire, l’équipe le prend suffisamment au sérieux pour se permettre de le revisiter avec finesse et beaucoup de personnalité.
Prenez l’oreille de crisse. Ici, elle se réinvente en croustille inspirée du chicharrón avec la couenne de porc des Viandes biologiques de Charlevoix, garnie de crevettes nordiques et de graines de sarrasin. Rien de gratuit dans l’assiette. Chaque élément apporte du relief, du croquant, du sens. La poutine au creton, elle, arrache un sourire dès la première bouchée. Le clin d’œil à la tradition est gourmand sans jamais tomber dans la caricature.
J’ai aussi beaucoup aimé le feuilleté sur brouillade d’œufs et hydne hérisson, pensé façon croquette de poulet. Exactement le genre de plat qui montre à quel point cette équipe maîtrise les codes du réconfort québécois tout en sachant les détourner avec précision.
Et puis il y a eu ce canard sur purée d’aubergine et miso. Un plat d’une profondeur remarquable, porté par un umami enveloppant, presque hypnotique. Le genre de bouchée qui réussit, à elle seule, à faire taire une tablée entière.
Ce qui les distingue vraiment
Ce que je trouve particulièrement fort chez Faux Bergers, c’est cette capacité à préserver l’esprit de la cabane sans l’enfermer dans le folklore. Le plaisir est là. La générosité aussi. L’idée du grand festin printanier demeure bien intacte. Mais en parallèle, autre chose se raconte : un territoire, des producteurs, une saison, une vision culinaire claire et assumée.
Dans un contexte où plusieurs établissements tentent de moderniser l’expérience cabane à sucre avec plus ou moins de bonheur, Faux Bergers propose une formule qui se distingue vraiment. C’est ancré, créatif, cohérent et surtout franchement délicieux.
Pour moi, c’est bien plus qu’un repas thématique. C’est une expérience immersive, pensée comme un tout, qui donne envie de ralentir, de rester un peu plus longtemps, de prolonger le week-end… et de déjà penser à l’année prochaine.
La saison se termine le 12 avril et ça vaut vraiment le détour.