Pour célébrer les 35 ans de l’Auberge le Mange-Grenouille, j’ai eu le privilège de vivre une soirée absolument mémorable : un souper cinq services signé Stéphane Modat. Dans le décor théâtral du Mange-Grenouille et le paysage enveloppant du Bic, entre velours, bois massif d’époque, fleurs séchées et éclairage feutré, j’ai voyagé du terroir à l’assiette, les sens bien éveillés.
Dès la première bouchée — un tataki de loup marin (une première pour moi !) accompagné de betteraves, de riz sauvage et d’une vinaigrette au miso — j’ai compris qu’on allait me bousculer tout en douceur. Modat ne cuisine pas juste des ingrédients, il raconte des histoires. Il bouscule, mais toujours avec bienveillance. Et celle-ci avait le goût salin des grands vents et la texture vive de ses racines bien plantées dans le Québec.
Le crabe des neiges, marié à l’érythrone (cette première feuille du printemps), à l’ail des ours et au kombu, m’a littéralement séduite. Chaque bouchée racontait le printemps. À la fois iodé, doux et acidulé, ce plat incarnait ce que le chef fait de mieux. Stéphane révèle le territoire à travers des accords subtils, précis, et dans ce cas-ci, franchement poétiques.

Et comment ne pas sourire devant la terrine de cuisse de grenouille glissée, sans prévenir, au menu ? Un clin d’œil affectueux à l’auberge, mais aussi à l’idée même de célébration. Parce qu’un repas d’exception, c’est aussi un moment d’amitié, de rire, de complicité autour de la table.
Puis est arrivé le veau de grain, nappé d’une confiture de trompettes-de-la-mort, avec sa croquette croustillante comme une relecture gourmet de nos classiques d’enfance. Et pour finir, un dessert aux lactaires — ce champignon aux notes d’érable — avec caramel, crumble et crème soyeuse. Une bouchée et j’étais conquise.

Ce repas, c’était plus qu’une succession de plats, c’était un voyage intime, sensoriel et généreux. Un moment suspendu dans le temps, où chaque assiette portait en elle un bout de territoire, un éclat de mémoire, une touche de folie.
Merci au chef Modat, à l’équipe en salle et du Mange-Grenouille pour ce séjour inoubliable. Longue vie à ce lieu magique du Bas-Saint-Laurent.