Bati Cantine, c’est bien plus qu’un simple restaurant asiatique à Québec. C’est une déclaration de fierté culturelle, un manifeste culinaire enraciné dans l’histoire cambodgienne, et une réponse directe aux tendances éphémères qui diluent trop souvent la notion d’authenticité.
« Je n’ai pas besoin de validation de personne », lance d’un ton franc Sao Khuon, propriétaire des restaurants Bati Bassac et Bati Cantine Cambodgienne. « On n’a jamais changé nos recettes. On les perfectionne, c’est tout. »
À travers ses plats, Sao revendique une identité cambodgienne forte. « On n’est pas sino-cambodgiens, on est 100 % Cambodge. Ce qu’on fait, c’est notre culture. » Trop longtemps, dit-il, les racines cambodgiennes ont été diluées derrière des enseignes vietnamiennes ou thaïlandaises. Chez Bati Cantine, cette culture est pleinement assumée à la fois dans les plats, le décor, et même le nom. « Bati », un mot ancien qui signifie « Cambodge » et rappelle une époque de guerre, d’exil, mais aussi de transmission.

Situé dans le quartier Saint-Roch à Québec, Bati Bassac est l’un des rares établissements à porter fièrement l’étiquette de restaurant cambodgien authentique depuis plus de 25 ans. De son côté, Bati Cantine en propose une version urbaine, stylisée, et résolument tournée vers l’avenir. Ici, pas de cuisine fusion ni panasiatique. Chaque plat est une lettre d’amour à la cuisine de sa mère et de ses cousines, transmise sans compromis.
Le format cantine asiatique à emporter, adopté bien avant qu’il ne devienne tendance, permet une efficacité exemplaire. Les plats portionnés à l’avance et les sauces sont élaborées from scratch avec des ingrédients choisis avec soin. Le tout prêt en plus ou moins trois minutes, sans compromis sur la fraîcheur, ni sur le goût.
Le mot cantine n’est plus un diminutif. Pour Sao, c’est un modèle d’avenir rapide, savoureux, abordable, mais surtout, porteur d’une identité claire.
Et c’est là que réside l’exploit.
« On a tout standardisé pour pouvoir faire un plat en moins de trois minutes, sans compromettre le goût. La sauce, c’est le cœur. Elle doit toujours goûter pareil. C’est ce que les clients attendent », poursuit l’homme d’affaires qui vise une approche artisanale à la rencontre du haut volume commerciale. Sao voit même un potentiel futur pour une petite automatisation « sans jamais perdre l’âme du produit », précise-t-il.

Le plat khmer, par exemple, ne ressemble à rien d’autre en ville. Sa sauce maison à base de citronnelle, de gingembre et de rhum suit un procédé artisanal précis, pensé pour être reproductible, mais jamais banal. Même chose pour le général Tao, un des rares plats hors de l’identité cambodgienne forte de Bati. Ce plat d’origine chinoise est le plus populaire de la Bati Cantine, qui conjugue savoureusement une panure croustillante et une sauce relevée maison, que Sao revendique haut et fort comme la sienne, pas celle des autres.
Sao est catégorique, son succès vient de sa fidélité à ses racines. « On ne dit plus qu’on va manger du chinois ou du vietnamien, on dit qu’on va manger cambodgien », partage Sao au sujet de sa cuisine qui prend fièrement sa place dans le paysage culinaire de la ville de Québec.
Et les chiffres lui donnent raison. En pleine période post-COVID, la Bati Cantine a connu un essor fulgurant, fidélisant une clientèle aussi curieuse que gourmande. « J’ai jamais autant travaillé que pendant la pandémie. Les gens se sont rappelés que le goût, le vrai, ça compte encore. »
Mais la cuisine cambodgienne du Bati ne regarde pas que vers le passé. Le local emblématique de la rue Saint-Joseph pourrait bientôt céder sa place. Sao réfléchie à une cuisine de production centralisée située hors du quartier Saint-Roch. Un lieu pensé pour standardiser les procédés sans sacrifier l’âme du plat. Une structure efficace, humaine, où chaque membre de l’équipe partage un salaire décent et une vision commune. Je vois là un modèle culinaire innovant, ancré dans la tradition, adapté aux réalités économiques et sociales d’aujourd’hui.
C’est un pari gagnant, selon Sao. Depuis la pandémie, Bati Cantine connaît une croissance fulgurante, portée par une clientèle fidèle établie majoritairement en dehors des quartiers centraux. Ce sont surtout ces clients qui font appel à la livraison, un service qui mobilise beaucoup des livreurs sur la rue Saint-Joseph, particulièrement les vendredis et samedis soirs.
Dans une province où les cuisines du monde sont encore trop souvent réduites à quelques clichés, Bati Cantine s’impose comme un projet solide, sensible et inspirant. Un pont entre héritage familial et rigueur entrepreneuriale. Une adresse incontournable dans la ville de Québec où l’on mange avec les papilles, mais aussi avec le cœur.