Depuis quelque temps, une vague de nostalgie pour 2016 déferle sur TikTok, Instagram et d’autres plateformes. On y célèbre cette année comme une sorte de dernier souffle de légèreté, avant que les choses ne se compliquent. Avant Trump, avant la pandémie, avant l’inflation galopante et bien sûr, avant que les algorithmes ne rendent nos vies numériques si imprévisibles. Et dans nos assiettes, à quoi ressemblait le quotidien culinaire en 2016 ? Voici trois tendances qui ont marqué l’époque et qui, pour certaines, laissent encore une trace dans nos habitudes d’aujourd’hui.
Difficile d’ignorer la salade en pot Masson. À l’époque, manger une salade ne suffisait plus : on la montait avec minutie, étage par étage, dans un pot de verre transparent. La vinaigrette allait au fond, suivie des légumes croquants, puis des verdures bien fraîches sur le dessus. Le tout formait un lunch à la fois pratique et hautement photogénique, prêt à briller sur Instagram. En fait, tout passait par le fameux pot Masson à l’époque, même les cocktails. Aujourd’hui, ces préparations refont parfois surface, mais leur moment de gloire est bel et bien derrière nous.
Autre phénomène marquant, l’explosion du fast casual ou la restauration rapide haut de gamme, un terme que privilégie l’Office québécois de la langue française. Ce modèle de restauration promettait une cuisine fraîche et de qualité, servie rapidement, dans un cadre décontracté. On commandait au comptoir, on mangeait sur le pouce, mais on voulait tout de même bien manger. Le plat emblématique de cette tendance, c’était sans contredit le poké.
Mais soyons clairs. Le poké qu’on retrouve ici n’a pas grand-chose à voir avec le plat traditionnel hawaïen. En Amérique du Nord, il s’agit généralement d’un bol de riz bien garni avec du poisson cru, de la mangue, des edamame, de l’avocat, des graines de sésame, des sauces variées… Bref, un festival de couleurs et de textures. A Hawaï, le poke est beaucoup plus simple. On y sert le poisson cru assaisonné, parfois accompagné d’un peu de riz, mais sans mise en scène excessive.
Ce décalage en dit long sur notre façon d’aborder le « voyage culinaire » au Québec. On aime goûter l’ailleurs, mais à condition de rester en terrain connu. L’exotisme, oui, mais rassurant. Dix ans plus tard, on sent que les choses ont changé. Notre curiosité est plus assumée, plus ouverte, moins formatée.

Kale, le roi de l’assiette de 2016
Et puis, il y avait le kale. En 2016, c’était le roi des légumes. On le retrouvait partout dans les smoothies, les pestos, les soupes, les chips, les salades… et même dans certains soins pour la peau. Il symbolisait à lui seul l’alimentation verte, les cures « détox », les menus végétaliens et cette idée d’une pureté alimentaire quasi spirituelle.
Le kale est toujours dans mon frigo. Je le cuisine pour sa texture, sa robustesse ou sa saveur, jamais pour cocher une case. Il s’est assagi, intégré, dépouillé de son aura performative. Il a, disons-le, vieilli avec moi.
Sur une note plus personnelle, c’est en 2016 que je lançais Ça vaut le détour, un blogue culinaire publié sur le site web de Radio-Canada, entièrement dédié à la découverte de la scène gastronomique et agrotouristique de la grande région de Québec. Inspiré de ma série web Ça goûte bon, ce blogue a été le tout premier espace numérique consacré à la culture culinaire de Québec sur la plateforme de Radio-Canada.
Ce projet est né d’un profond désir de mettre en lumière l’identité culinaire d’ici, de valoriser les producteurs, les artisans et les chefs qui façonnent les goûts du Québec, une bouchée à la fois. Encore aujourd’hui, Ça vaut le détour demeure l’une de mes plus grandes fiertés professionnelles. Cet univers prend aujourd’hui forme sous Épicurieuse par Allison Van Rassel sur Mordu, la plateforme web de Radio-Canada dédiée à l’alimentation.
Alors, si 2016 nous fait sourire aujourd’hui, que retiendra-t-on de 2026 dans dix ans ? Quelles tendances regarderons-nous avec tendresse, amusement ou un brin d’ironie ?
