La sensibilité du 13e étage

Mon instinct me parle. Il me réveille la nuit et me raconte des histoires, se fait la comédie et met en scène des récits épiques. Il est doté d’une grande imagination et d’une grande sensibilité, cet instinct en moi.

Récemment, après seulement une écoute de la pièce L’ascenseur, il me dit : «Le treizième étage de Louis-Jean Cormier, c’est de la bombe!» J’ai mis en doute sa précocité jusqu’à ce que je puisse entendre ce premier album solo de Louis-Jean, ce 13e étage en question.

Je connaissais la voix de Louis-Jean, celle de Karkwa, cette voix qui a marqué le paysage

©Simone Records

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musical québécois depuis le début des années 2000 avec quatre albums récompensés de Félix et de Polaris. Non négligeable talent pour l’écriture aussi à considérer. Peut-être que mon instinct a pris tout ça en considération.

Aujourd’hui, 5 septembre 2012, lendemain des élections provinciales, lendemain de ce qui aurait pu être un massacre au Métropolis, je pose mes oreilles sur le premier album solo de Louis-Jean Cormier. J’ai besoin d’entendre autre chose que la colère et la gronde qui sévissent, d’étouffer les impulsions, qui, chez plusieurs, auraient grandement besoin de contrôle.

Je débute avec La cassette qui tout de suite me transporte avec lui dans les 1, 2, 3 de son studio d’enregistrement et m’embarque dans un rythme qui me fait taper du pied. À qui appartient cette jolie voix en harmonie? Encore dans Bull’s eyeTout le monde en même tempsL’ascenseur. Est-ce toujours la même voix? C’est agréable.

À première écoute, en fond de cuisine, à aire ouverte, c’est beaucoup moins aéré que Karkwa, mais toujours dans une composition solide et imagée. Je balance déjà la tête et mes hanches de gauche à droite en faisant la vaisselle. Oups! de l’eau partout!

Ensuite, j’enfile mes écouteurs.

Mon coup de cœur : Un monstre. Les harmonies vocales, le piano, la douce guitare, l’égoïne (ou la scie) au timbre aigu, oscillent la tristesse. Serait-ce la maladie? Celle d’un enfant… je suis émue à tel point que je pleure seule à mon ordinateur. Ouf.

Louis-Jean, tu m’as fait vivre une envolée d’émotions avec ton 13e étage, celui qu’on omet d’inscrire sur les pitons d’ascenseur par superstition, mais qui existe toujours, quand même, physiquement. Beaux messages, magnifique ambiance et toujours une aussi admirable plume.

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Tiens, ça me rappelle que j’ai eu 13 ans un vendredi 13. Qu’est-ce que tu as a dire là-dessus, instinct?

Ariane au sommet de son art

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Je me vois très bien dans l’Hôtel Amour, à Paris, m’instruire sur le concept du MA japonais, un vide confortable comme elle le décrit, sans distraction, bombardé d’images sensuelles et d’angles bidirectionnels. Plongée dans le visuel de cet environnement contemporain et à la fois vintage, tout semble très pensé, étudié par des disciples du «staging» de ce monde. Non, ce n’est pas du «staging», c’est du design, nuance. Franchement!

-Pause-

MA, le tout dernier album d’Ariane Moffatt est tout à fait représentatif de l’effet que donne cet endroit: l’impression d’une recherche sonore calculée telle l’imagerie de l’Hôtel Amour.

On peut maintenant toucher à son talent tellement il est palpable. Chaque son, chaque tonalité et montée sonore, aussi minimaliste qu’elle soit, est efficace. Une simple variation rythmique, parfois très subtilement glissée, que se soit avec les violons (Hôtel Amour), les steel drums (Too Late), la clarinette (Mon Corps), le piano ou via échantillonneur (La pluie et le Beau temps), chaque contretemps et subtilité vocale (L’homme dans l’automobile, La pluie et le beau temps), voir même le bruit d’une chaise qui frotte sur un plancher de bois mat (Mon Corps), TOUT fait de cet album un artefact de l’autocréation.

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Et dieu ce qu’elle est mélomane, car les influences sont difficiles à saisir. Je ne peux quand même m’empêcher de reconnaître des influences qui passent par Kraftwerk et Air, surtout aux synthétiseurs, et un clin d’œil de modulation à la Lil Wayne ou Bon Iver ou James Blake, c’est selon.

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Elle a invité quelques collaborateurs connus de ses albums passés dont Jean-Phi Goncalves et Joseph Marchand. Mais le seul collaborateur d’Ariane sur MA, c’est Pierre Girard. Puisqu’elle s’est submergée en studio, maîtresse des tous les boutons, c’est Pierre qui l’a aidé à voir clair. (Clin d’œil aussi à sa partenaire de vie Florence, sa muse. Serait-elle à Ariane ce que Chloé Ste-Marie fut à Gilles Carle, Scarlett Johansson à Woody Allen, Antonio Banderas à Pedro Almodovar). J’aimerais tant en apprendre davantage sur ce rapport amoureux…ça te dirait qu’on en parle?

Now, if you don’t mind, I think I’m gonna take my mojo out for dancin’, car elle est en spectacle ce soir à l’Impériale. Je vous promets des photos.